La pénalisation des clients des travailleuses du sexe fait le jeu du sida
En ce 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, Cabiria souhaite rappeler le rôle
fondamental des travailleuses et travailleurs du sexe dans la lutte contre l’épidémie. Car ce sont bien
elles et eux qui, au quotidien, parviennent à faire valoir le préservatif auprès de leurs clients. Elles/ils
démontrent ainsi que le travail du sexe n’est pas en soi un facteur d’exposition particulière au VIH,
mais que l’essentiel est bien la capacité d’action des personnes.
Or, cette capacité des travailleuses et travailleurs du sexe est mise en danger par leurs conditions
d’exercice de plus en plus difficiles. Depuis 2002, les mesures répressives constituent l’un des
facteurs détériorant ces conditions d’exercice : arrêtés interdisant la prostitution dans certains
quartiers, arrêtés interdisant le stationnement des camionnettes des travailleuses du sexe, loi
pénalisant le racolage...
Face à cet arsenal juridique, les travailleuses et travailleurs du sexe sont acculées. Mais les pouvoirs
publics et les gouvernements successifs, loin d’entendre les dégâts que provoque la répression,
semblent déterminés à poursuivre dans la même voie en projetant de pénaliser les clients des
travailleuses du sexe. Pourtant, les Nations unies comme le Conseil national du sida ont souligné les
conséquences désastreuses des politiques répressives [1]
En ce 1er décembre, trois jours avant le vote de la loi pénalisant les clients [2], nous le disons encore
une fois : criminaliser l’achat de services sexuels fera empirer la situation des personnes, affectera
leur capacité à imposer le préservatif et fera ainsi le jeu du sida.
Non, les personnes n’arrêteront pas pour autant de se prostituer. Simplement, elles se cacheront, et
se cacheront aussi des associations de lutte contre le sida !
Criminaliser le recours à la prostitution, c’est faire basculer les travailleuses du sexe et leurs clients
dans l’illégalité et la clandestinité.
Criminaliser le recours à la prostitution, c’est saborder le travail des associations de santé
communautaire et de lutte contre le sida.
Criminaliser le recours à la prostitution, c’est sacrifier les actions de prévention inscrites au Plan
national de lutte contre le sida [3].
En ce 1er décembre, Cabiria rappelle l’urgence de dépénaliser le travail du sexe et déplore le sort
que réservent le gouvernement et les parlementaires aux travailleurs et travailleuses du sexe et à la
lutte contre le sida.
Contact presse : Baudry Antoine, 06 76 63 59 22
[1] Conseil national du Sida, "VIH ET COMMERCE DU SEXE. Garantir l’accès universel à la prévention et aux soins", septembre
2010, http://www.cns.sante.fr/IMG/pdf/2010-09-16_syn_fr_prevention-3.pdf ; ONUSIDA, "Le VIH et le commerce du sexe – Note
d’orientation de l’ONUSIDA", 2009,
http://www.unaids.org/en/media/unaids/contentassets/dataimport/pub/basedocument/2009/jc1696_guidance_note_hiv_and_sexwork
_fr.pdf ; PNUD, Global commission on HIV and the law, "Risques, droit et santé", juillet 2012,
http://www.hivlawcommission.org/resources/report/FinalReport-Risks,Rights&Health-FR.pdf
[3] Ministère de la Santé, Plan national de lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2010-2014, p. 145,
www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan_national_lutte_contre_le_VIH-SIDA_et_les_IST_2010-2014.pdf.